Imaginez un réservoir de stockage de plusieurs milliers de mètres cubes, en service depuis quarante ans. De l’extérieur, il paraît solide. Mais sa paroi s’amincit lentement sous l’effet de la corrosion, son fond travaille, ses soudures fatiguent. Comment savoir, à temps, qu’il faut intervenir avant la fuite ou l’accident ?
C’est tout l’enjeu du PM2I, le plan de modernisation des installations industrielles. Cet article part du problème concret (des installations qui vieillissent) pour expliquer, étape par étape, comment on les surveille, ce que la réglementation impose, et pourquoi le vrai défi n’est pas tant d’inspecter que de ne rien oublier sur dix ans.
Le tout illustré par le cas d’un de nos clients historiques : Raffinerie du Midi.
1. PM2I : pourquoi surveiller le vieillissement des installations ?
Le parc industriel français a été construit en grande partie pendant les Trente Glorieuses. Un demi-siècle plus tard, beaucoup de réservoirs, de tuyauteries et d’ouvrages de génie civil ont vieilli, et au milieu des années 2000, plusieurs accidents industriels ont mis en lumière le rôle de cette usure : corrosion, fatigue des matériaux, défauts d’entretien.
Une précision importante, car elle est contre-intuitive : le « vieillissement » d’un équipement n’est pas une question d’âge. Un équipement n’est pas à risque parce qu’il est ancien, mais parce qu’on connaît mal son état réel, qu’on comprend mal ce qui le dégrade, ou qu’on n’agit pas pour ralentir cette dégradation. Surveiller le vieillissement, ce n’est donc pas guetter une date de péremption : c’est connaître en permanence l’état réel de ses installations. Et pour connaître cet état, il n’y a qu’une façon de faire : aller regarder. C’est-à-dire inspecter.
2. Les inspections PM2I : routine, quinquennale et décennale
Inspecter un réservoir, ce n’est pas un acte unique : c’est une série de rendez-vous d’intensité croissante. Pour les bacs de liquides inflammables, l’arrêté du 3 octobre 2010 distingue trois niveaux, du plus léger au plus lourd.
La visite de routine
C’est le contrôle régulier, réalisé au moins une fois par an, sans arrêter le réservoir. On vérifie l’état général : l’environnement du bac, les signes extérieurs de dégradation, la présence éventuelle de corrosion, de fuites, de déformations. C’est souvent lors de ces visites que l’on repère les premiers petits défauts.
L’inspection externe détaillée (dite « quinquennale »)
Tous les cinq ans environ, et toujours en exploitation, on passe à un examen approfondi de l’extérieur : inspection visuelle minutieuse de la robe (la paroi) et des accessoires, contrôle de la soudure entre la robe et le fond, mesure de l’épaisseur de la paroi (notamment près du fond), vérification de la verticalité et des tassements éventuels, contrôle des ancrages. L’objectif : confirmer qu’aucune anomalie ne remet en cause la date prévue de la prochaine grande inspection.
L’inspection hors exploitation (dite « décennale »)
C’est la plus lourde, réalisée au moins tous les dix ans, et elle impose d’arrêter le réservoir. Le bac doit être vidé, nettoyé, dégazé pour qu’on puisse y entrer. On reprend alors tous les points de l’inspection externe, auxquels s’ajoute l’examen interne : inspection visuelle de l’intérieur, mesures d’épaisseur du fond et de la première virole, contrôle interne des soudures. Ces interventions ont lieu en espace confiné, parfois en atmosphère explosive (ATEX), ce qui impose une préparation HSE conséquente.
Ces inspections sont réalisées soit par le service d’inspection de l’exploitant (s’il est reconnu par l’administration), soit par un organisme extérieur agréé, en suivant des guides techniques professionnels reconnus par le ministère, comme le guide DT 94 pour les réservoirs aériens. Et chaque écart constaté doit être consigné par écrit, puis transmis pour analyse et décision d’éventuelles actions correctives.
C’est ici que le sujet bascule de la technique de contrôle vers la gestion de l’information. Car toutes ces inspections produisent une montagne de constats, qu’il faut bien organiser.
3. Ce que le PM2I impose : plan et programme d’inspection
Le PM2I (parfois écrit PMII) a été lancé par l’État en 2010, principalement via l’arrêté du 4 octobre 2010 relatif à la prévention des risques accidentels au sein des installations classées, complété par l’arrêté du 3 octobre 2010 pour le stockage de liquides inflammables. Il concerne les installations classées (ICPE) soumises à autorisation, et tout particulièrement les sites Seveso, dans les filières pétrole, gaz, chimie et pétrochimie.
Le périmètre couvre cinq familles d’équipements : les ouvrages de génie civil (cuvettes de rétention, racks de tuyauteries), les réservoirs de stockage, les canalisations de transport, les capacités et tuyauteries d’usine, et les mesures de maîtrise des risques instrumentées (MMRI), c’est-à-dire l’instrumentation de sécurité, qui recoupe une partie des mesures de maîtrise des risques (MMR). Pour les sites Seveso seuil haut s’ajoute une révision du système de gestion de la sécurité.
Pour chaque équipement concerné, la démarche se déroule en trois temps : recenser les équipements du périmètre, établir leur état initial (l’« état zéro », une photographie de l’état de départ), puis construire et suivre un dispositif d’inspection. Ce dispositif repose sur deux documents qu’il ne faut pas confondre :
Pour chaque équipement concerné, la démarche se déroule en trois temps : recenser les équipements du périmètre, établir leur état initial (l’« état zéro », une photographie de l’état de départ), puis construire et suivre un dispositif d’inspection. Ce dispositif repose sur deux documents qu’il ne faut pas confondre :
- le plan d’inspection définit la nature, l’étendue et les méthodes des contrôles à réaliser sur un équipement, en fonction des produits qu’il contient et de ses mécanismes de dégradation ;
- le programme d’inspection est l’échéancier : il fixe, pour chaque équipement et pluriannuellement, les dates et les types de visites à effectuer (les trois niveaux vus plus haut).
Voir le PM2I en pratique
Dans un webinaire de 50 minutes, Raffinerie du Midi montre, écran partagé à l'appui, comment elle suit son PM2I réservoir par réservoir dans sa GMAO
Recevoir le replay du webinaire Gratuit, envoyé par email après inscription4. Le vrai défi du PM2I : ne rien perdre sur dix ans
Revenons à notre réservoir. Il est inspecté en routine chaque année, mais il ne sera ouvert en grand (l’inspection décennale) qu’une fois tous les dix ans. Or c’est seulement à cette occasion, bac vidé et dégazé, qu’on peut réaliser certaines réparations lourdes, comme de la chaudronnerie.
Que se passe-t-il alors quand une visite de routine repère, en année 2, un défaut qui ne pourra être réparé qu’à l’arrêt décennal de l’année 8 ? Le défaut doit être mis sous surveillance, parfois assorti d’une mesure compensatoire provisoire (condamner un accès, baliser une zone), puis attendre six ans. Pendant ces six ans, l’information doit rester vivante, accessible, reliée au bon équipement. Si elle est notée sur un carnet ou un tableur, elle a toutes les chances d’être perdue, oubliée ou devenue illisible le moment venu.
Le PM2I impose donc, en filigrane, une exigence de mémoire longue : conserver chaque constat, chaque mesure prise, chaque photo, pendant des années, et tout ressortir au moment de préparer l’arrêt. C’est exactement ce qu’un tableur ne sait pas garantir, et ce pour quoi une GMAO est conçue.
5. Suivre son PM2I dans une GMAO : mémoire et pilotage
Soyons clairs sur la répartition des rôles. Les inspections elles-mêmes sont réalisées par des organismes agréés ou le service d’inspection de l’exploitant : ce sont eux qui mesurent, contrôlent et produisent les rapports. La GMAO intervient juste après : elle organise, conserve et rend exploitable tout ce que ces inspections produisent. Les deux sont complémentaires. Dans la durée, une GMAO bien structurée apporte quatre choses.
Une traçabilité qui survit aux années. Chaque désordre constaté lors d’une visite devient une ligne dans la GMAO : sa date de constatation, l’équipement et la zone concernés, la description du défaut, la préconisation, son niveau de gravité, son état d’avancement. L’exemple type : un manque de « safe ring » repéré lors d’une visite de routine en 2022, planifié pour 2026, avec la mention que le bac passera en arrêt décennal ce printemps-là. Cinq ans séparent le constat de la réparation, mais l’information n’est jamais perdue : elle attend, visible, rattachée à son réservoir.
De la lisibilité dans une masse de données. C’est sans doute le bénéfice le plus concret. Un dépôt peut compter des dizaines de réservoirs et des centaines de désordres ouverts. Pour s’y retrouver, chaque colonne est filtrable : on isole un réservoir précis (le bac 501, par exemple), puis on affine par corps de métier, par état (à réaliser, à planifier, planifié), par prestataire ou par échéance. En quelques clics, une liste illisible devient un plan d’action ciblé. Sans ce filtrage, l’information existe mais reste inexploitable.
l’onglet PM2I dans Altair avec sa très grande variété de filtres
Un périmètre PM2I isolé du reste. Les bons de travaux liés au PM2I sont séparés de la maintenance courante, dans leur propre espace. Cette séparation évite de noyer les désordres de vieillissement dans la masse des interventions de maintenance préventive classiques, un impératif de lisibilité dès que le site grossit.
Des plans d’action prêts pour les arrêts et les budgets. Une fois les désordres filtrés par réservoir puis par corps de métier (chaudronnerie, peinture, nettoyage), on extrait un plan d’action complet, photos et préconisations à l’appui, avant même que le bac soit arrêté. Ce plan sert à consulter les prestataires, obtenir un chiffrage et préparer le budget de l’exercice suivant. C’est le basculement clé du PM2I : une contrainte réglementaire qui se transforme en outil de pilotage budgétaire et opérationnel. Et lors d’un audit ou d’une inspection, le même filtrage permet de démontrer immédiatement que les visites ont été faites et les désordres traités.
Un export de rapport fait en quelques secondes d’après les données de la GMAO
Table des matières
1. PM2I : Pourquoi surveiller le vieillissement des installations?
2. Les inspections PM2I : routine, quinquennale et décennale
3. Ce que le PM2I impose : plan et programme d’inspection
4. Le vrai défi du PM2I : ne rien perdre sur dix ans
5. Suivre son PM2I dans une GMAO : mémoire et pilotage
6. Le retour d’expérience de Raffinerie du Midi
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Pour aller plus loin : Le retour d’expérience de Raffinerie du Midi
La théorie du PM2I est une chose, sa mise en œuvre quotidienne en est une autre. C’est tout l’intérêt de se pencher sur le cas de Raffinerie du Midi. Créée en 1882, cette société exploite ou assiste aujourd’hui une quinzaine de dépôts pétroliers et gère une part significative du trafic national d’hydrocarbures. À cette échelle, avec des sites classés Seveso et des dizaines de réservoirs à suivre, la maîtrise du vieillissement n’est pas une option : c’est une condition d’exploitation, et l’entreprise fait partie des utilisateurs les plus avancés d’Altair sur le volet HSE.
Pour structurer ce suivi, ses équipes ont développé dans leur GMAO un onglet PM2I dédié, distinct de la maintenance courante, où chaque désordre est référencé, classé et tracé tout au long de la décennie. Leur maîtrise de l’outil se lit dans les détails : parce que certaines réparations comme la chaudronnerie sont impossibles tant qu’un bac est en exploitation (elles génèrent points chauds et étincelles), un défaut repéré en visite de routine est tracé avec sa mesure compensatoire provisoire, puis mis en attente, parfois plusieurs années, jusqu’à l’arrêt décennal. Sans traçabilité fiable, il serait tout simplement oublié d’ici là. S’y ajoutent les imports massifs pour créer plusieurs bons de travaux d’un coup, et un rapport PDF illustré de photos, co-développé avec DSD SYSTEM, qui sert à consulter les prestataires et préparer les budgets.
C’est précisément cette méthode que Raffinerie du Midi a accepté de détailler dans un webinaire, démonstrations à l’écran à l’appui. Pour qui cherche à comprendre le PM2I au-delà des textes, c’est une ressource rare : on y voit concrètement comment un exploitant traduit une obligation réglementaire abstraite en un suivi opérationnel, réservoir par réservoir, du constat de terrain jusqu’à la préparation de l’arrêt décennal. Une façon de voir le PM2I non plus comme une contrainte, mais comme un véritable outil de pilotage.
Le suivi du PM2I de Raffinerie du Midi en vidéo
PM2I, traçabilité sur 10 ans, plans d'action par corps de métier : leur méthode déroulée en direct dans la GMAO Altair.
FAQ
Quelle différence entre PM2I et PMII ?
ucune : ce sont deux écritures du même dispositif, le plan de modernisation des installations industrielles, issu des arrêtés des 3 et 4 octobre 2010. « PM2I » est la forme la plus répandue aujourd’hui, « PMII » la forme historique.
Quelle différence entre MMR et PM2I ?
Les MMR sont les barrières de sécurité valorisées dans l’étude de dangers contre les accidents majeurs. Le PM2I est le dispositif de suivi du vieillissement des installations. Les deux se recoupent sur les MMR instrumentées (MMRI), qui font partie du périmètre PM2I, et partagent la même exigence : une maintenance planifiée et tracée dans la durée.
Quels sont les trois types d'inspection d'un réservoir ?
La visite de routine (au moins annuelle, en exploitation), l’inspection externe détaillée ou quinquennale (tous les cinq ans environ, approfondie mais en exploitation) et l’inspection hors exploitation ou décennale (au moins tous les dix ans, bac vidé et dégazé, avec examen interne). Les périodicités exactes dépendent du plan d’inspection de chaque équipement.
Le PM2I impose-t-il un logiciel ?
Non, aucun texte n’impose d’outil. Mais conserver et retrouver des informations sur une décennie, pour des dizaines d’équipements, est très difficile à tenir sans outil structurant : c’est ce qui explique le recours croissant aux GMAO.
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